ÉCRIRE

Interviews de nos chers auteurs confinés


Le confinement que nous venons d’expérimenter a été une vraie épreuve. Il nous a obligé à lever le pied en nous recentrant sur l’essentiel. Il nous a aussi forcé à revoir nos priorités. Peu importe le statut social, peu importe le métier, le confinement a été une véritable leçon de vie. Nous nous sommes demandés ce qu’il en était du côté de nos auteurs préférés … Comment ont-ils vécu cette période étrange ? A-t-elle été source d’inspiration ? Quels ont été les rituels mis en place pour vivre au mieux ce moment ? Découvrez le quotidien de confiné de Sylvestre Sbille, Salvatore Minni et Ben Choquet.

"Les réseaux sociaux ne me paraissent pas idéaux pour entretenir l’amitié."

Sylvestre Sbille

Quel est le moment privilégié de votre journée de confiné ? Le cinéclub familial de 20h30. Hier, c’était « Le Mans 66 » de James Mangold, avec un Christian Bale qui arrive à nous prendre par surprise à chaque film. Il y a aussi un cycle Woody Allen en cours, qui a beaucoup de succès. Et un autre François Truffaut. C’est fou comme ses films vieillissent bien. « Le dernier métro » par exemple : l’occupation, le milieu du théâtre, le besoin de créer malgré tout, la culture comme ciment de toute activité humaine… Tout ça prend beaucoup de relief dans un contexte de confinement. Sinon, nous avons aussi la soirée déguisée hebdomadaire (déjà trois éditions) où toute la famille joue le jeu. C’est important de marquer des rendez-vous forts, avec une portée symbolique, à présent que les jours de la semaine ont presque disparu. L’importance de la fête.

Quel livre de votre bibliothèque est selon vous le meilleur symbole de ce confinement que nous vivons tous ? Il y en a beaucoup. Je dirais « Le mur invisible » de Marlen Haushofer. C’est un classique de la littérature en Autriche. On l’a découvert, mon épouse et moi, il y a quelques années. Emmanuelle me lisait tellement de passages intéressants que finalement on se l’est lu intégralement à haute voix. C’est l’histoire d’une femme qui se retrouve seule avec une vache et un chien dans un chalet perdu dans la montagne. Impossible de bouger car après quelques centaines de mètres, un mur invisible s’est créé en une nuit.

Tous les gestes deviennent importants : la réserve de bois est primordiale, les animaux deviennent des compagnons extrêmement précieux, des figures tutélaires, presque divines. Le livre nous en dit beaucoup sur ce qui compte réellement. L’héroïne est obligée de sortir du quotidien, et la solitude la recentre. C’est ce qui nous arrive collectivement aujourd’hui. Il y a le contexte sanitaire, avec le deuil, le danger, mais il y a aussi beaucoup de gens que le « lâcher-prise obligatoire » va reconnecter à eux-mêmes, à ce qu’ils espéraient de la vie quand ils avaient 10 ou 15 ans. Nous sommes pris dans une sorte de farandole permanente : ce rythme imposé par le capitalisme, par cette nouvelle religion du confort et par le culte du moi. Quand on fait partie de la farandole, on ne la voit plus.

En sortir enfin donne à la fois le tournis et l’impression de revenir à soi. Je ne pense pas qu’après le confinement, nous soyons capables de remettre en cause massivement notre modèle, cette nouvelle religion au dieu Argent, au dieu Consommation, au dieu Virtuel. Mais pas mal d’individus auront retrouvé des gestes. Faire du vélo. Préparer à manger… J’entends même beaucoup d’amis qui me parlent de « progrès intellectuels » : le fait d’être en télétravail leur permet de pousser la réflexion car les tranches de concentration sont beaucoup plus longues. Une « vraie » séance de 3 heures où on va (enfin) toucher le nœud du problème est plus efficace que 10 séances d’1 heure où on ne fait qu’agiter la surface avec les collègues.

Etre confiné vous inspire pour écrire ? Un nouveau roman en cours ? Oui, j’ai la chance d’être juste au bon moment, celui de la rédaction proprement dite. J’échappe donc plusieurs heures par jour à l’avalanche de ces « nouvelles informations primordiales » qui renforcent paraît-il la psychose de groupe. J’ai terminé la phase de documentation, je passe beaucoup de temps avec mes héros, en Judée, au 1er siècle de notre ère. Eux aussi sont confinés, donc le hasard fait relativement bien les choses.

Comment contactez-vous vos proches, uniquement via les réseaux sociaux ou vous prenez votre plume pour écrire des lettres ? Les réseaux sociaux ne me paraissent pas idéaux pour entretenir l’amitié. C’est bien pour envoyer de petites bouteilles à la mer ludiques, des clins-d’œil visuels, des réflexions en format court. Ou pour se plaindre. Pour les amis et la famille, j’écris et je reçois des emails, et puis j’ai pratiqué plusieurs fois l’apéro-skype, ce qui est assez sympathique. Il y a également le bon vieux téléphone, qui a cessé en quelques jours d’être un facteur de stress collectif où il faut être à tout prix efficace, rentable, concis, pour redevenir ce qu’il était dans les années 70/80/90 : un moyen de faire circuler la confiance, la confidence, sur le mode « on a le temps, faisons le point sur nos vies ». Quelle musique vous console le mieux ? Vivaldi. Et des musiques de film, dont Max Richter.

Qui dit confinement dit lectures, quelles sont les vôtres en cours et à venir ? J’en ai plusieurs à la fois : Frank McCourt et son « Teacher Man » (reçu pour mon anniversaire), « Entretien avec un vampire » de Anne Rice, et le Belge Jeroen Olyslaegers avec « Trouble » qu’on ma offert lors d’une rencontre en librairie parce que ça se passe dans la même ambiance que « J’écris ton nom ».

Quel plat, recette du chef nous conseilleriez-vous ? Aujourd’hui, je fais un « agneau de 7 heures ». Donc 7 heures de cuisson à 120 degrés max, dans un plat fermé. Avec sel, poivre, ail en gousse, origan frais. À la moitié, j’ajoute des oignons en julienne, des pommes de terre mal dégrossies, de carottes et des patates douces. Tout cela fond. L’agneau est si tendre qu’il se mange à la cuillère. J’ai l’impression d’un peu moins mal respecter l’animal quand je le cuisine avec amour. Cela dit, chez nous, on mange de moins en moins de viande. Le confinement a confirmé la tendance du goût retrouvé. Le temps nous permet de nous interroger sur ce qu’on aime manger, et on peut sortir des modèles de menus imposés par notre inconscient, où la viande est encore malheureusement présente en grande quantité (et pauvre qualité).

Un moment sport à partager ? Bizarrement, moins de sport qu’avant. Je joue au tennis chaque semaine d’habitude, mais mon partenaire est aussi un médecin très demandé, il a mieux à faire.

Dans quel magasin vous précipiterez-vous après le déconfinement ? Plus que des magasins, j’attends avec impatience des lieux et des moments de partage par la culture. Un concert, une pièce, une rencontre dans une librairie… L’important, c’est de sentir la communion collective qui nous dit qui nous sommes. Manger, boire, être en bonne santé, c’est important. Mais si nous ne recevons plus que les nourritures terrestres, nous allons pernicieusement mourir de l’intérieur. Pour l’instant, on compense comme on peut, chacun chez soi. Mais tout comme il faut un fixatif pour que les rayons du soleil nous soient bénéfiques, il nous faut le fixatif du culturel collectif pour que tout retrouve un sens.

Quel message de vie retiendrez-vous à l’issue de cette épreuve ? Une citation dans un courrier reçu de l’école de ma fille cadette. Etty Hillesum est une jeune hollandaise qui a tenu son journal au début des années 40, avant d’être déportée à Auschwitz, d’où elle n’est pas revenue. Dans ce contexte notre « épreuve » paraît bien légère – malgré le deuil et la peur. « Même si on ne nous laisse qu’une ruelle exiguë à arpenter, au-dessus d’elle il y aura toujours le ciel tout entier ». Etty Hillesum

Sylvestre Sbille


J’ÉCRIS TON NOM

Sylvestre Sbille

Belfond | 18,45€

Salvatore Minni


Je ne dirais pas que le confinement m’inspire… Il m’offre davantage de temps pour écrire

Quel est le moment privilégié de votre journée de confiné ? C’est lorsqu’à la fin de ma journée de travail, je descends dans mon jardin, je m’installe avec ma moitié et que nous partageons l’apéro pour nous détendre. Nous en profitons pour appeler nos proches, ce qui nous fait beaucoup de bien à tous les deux. Quel livre de votre bibliothèque est selon vous le meilleur symbole de ce confinement que nous vivons tous ? Mis à part « Claustrations », mon premier roman, vous voulez dire? (rires) Plus sérieux, je dirais qu’il y en a deux. « Des noeuds d’acier » de Sandrine Colette, dont le thème de l’enfermement est omniprésent et « Pandémia » de Franck Thilliez, le titre est plus qu’évocateur.

Etre confiné vous inspire pour écrire ? Un nouveau roman en cours ? Je ne dirais pas que le confinement m’inspire… Il m’offre davantage de temps pour écrire, c’est indéniable ! Mais le thème de l’enfermement apparaît dans mes écrits déjà naturellement. Confinement ou non, mes personnages se retrouvent piégés d’une manière ou d’une autre. Oui oui, le roman 3 est en cours. Je ne peux pas en dire grand-chose à ce stade-ci, mais il est en phase de relecture. Je le peaufine, le corrige, l’améliore pour qu’il vous fasse frémir encore plus que mes deux premiers romans. Il s’agit une fois encore d’un thriller psychologique qui se déroule à Bruxelles.

Comment contactez-vous vos proches, uniquement via les réseaux sociaux ou vous prenez votre plume pour écrire des lettres ? En ces temps compliqués, je privilégie les appels vidéo, les sms, les réseaux sociaux, tout ce qui me permet de rester en contact immédiat avec ceux que j’aime et qui me manquent terriblement. Bien que la lettre ait un côté poétique qui manque cruellement à notre époque, le contact n’est pas assez immédiat. Par contre, je surprends des amis et des membres de ma famille en leur envoyant des fleurs ou des chocolats. Une petite attention qui, je l’espère, réchauffe les coeurs, particulièrement pendant cette claustration forcée.

Quelle musique vous console le mieux ? Toutes les musiques me font du bien, je dirais. Chez moi, il y a toujours de la musique en arrière-fond. Généralement, je mets mon iPhone en mode aléatoire et je le connecte à mon enceinte Bose. Évidemment, certains morceaux me donnent plus la pêche que d’autres. Je pense notamment à « I’m a bad guy » de Billie Eilish ou encore « God Control » de Madonna, morceau qui dénonce le port des armes aux États-Unis (sujet très sérieux) sur une musique disco endiablée. Et comme j’adore chanter et danser, je l’écoute au moins une fois par jour à plein volume pour me défouler.

Qui dit confinement dit lectures, quelles sont les vôtres en cours et à venir ? J’ai une PAL aussi haute que la Tour de Pise! (rires) Un avantage du confinement : avancer dans ses lectures. Je viens de terminer « L’Escalier du diable » de Dean Koontz (le maître du thriller à mes yeux) et j’ai commencé « Les jumeaux de Piolenc » de Sandrine Destombes qui arrive à me faire lire et apprécier du polar, ce qui n’était pas gagné ! Les livres que j’aime le plus lire sont ceux de Dean Koontz, Franck Thilliez, Maxime Chattam, Karine Giébel, Barbara Abel, etc. Je ne peux pas tous les citer ici, mais les auteurs de thrillers, en somme.

Quel plat, recette du chef nous conseilleriez-vous ? Le fondant au chocolat noir mascarpone. Une tuerie ! J’en ai fait le week-end dernier pour la première fois, nous nous sommes régalés ! Sinon, pour le plat, je dirais pâtes au mascarpone et truffes. Un bonheur pour les papilles et très simple à préparer. De cette manière, vous achetez un pot de 500g de mascarpone et vous en utilisez 250g pour le plat et 250g pour le dessert. Faites-vous plaisir !

Un moment sport à partager ? Euh… Je ne suis pas une personne très sportive. « Just Dance » sur Nintendo Switch, ça compte ?

Dans quel magasin vous précipiterez-vous après le déconfinement ? Dans ma librairie Club, pardi ! Je ne suis pas friand de magasins ou de lèche-vitrine, pour être franc. Après le déconfinement, la première chose que je ferai, c’est inviter mes amis proches, ma famille pour un énorme barbecue chez moi. J’ai hâte de les revoir et de leur distribuer des câlins. En y repensant, la toute première chose que je ferai, c’est rendre visite à ma coiffeuse ! Cette tignasse doit disparaître !

Quel message de vie retiendrez-vous à l’issue de cette épreuve ? Le message à retenir est que même si ce confinement m’a terrorisé au début, car je suis une personne qui a grand besoin de contacts humains et de bouger dans tous les sens, il a des avantages. D’abord, la planète s’est remise à respirer ! Ce qui m’a énormément surpris, c’est d’ailleurs la capacité qu’a la nature à reprendre ses droits. Finalement, quelques semaines suffisent pour voir réapparaître une faune qui avait quasiment disparu de nos villes. Le temps qui passe a pris une tout autre dimension aussi. Je redécouvre le plaisir de prendre du temps pour moi, pour cuisiner, pour pâtisser également. Ce confinement permet de revenir peut-être à l’essentiel aussi. Il fait prendre conscience de pas mal de choses. Maintenant, je dois avouer que j’ai la chance de pouvoir faire du télétravail et d’écrire en parallèle. Sans ces activités, je ne suis pas sûr que mon état de confiné aurait été des plus joyeux. Non pas que voir ma moitié 24h sur 24 me dérange, bien au contraire, mais simplement le besoin d’avoir l’esprit occupé et garder ainsi un certain rythme de vie.

Salvatore Minni


ANAMNÈSE

Salvatore Minni

Slatkine & Cie | 20€

Ben Choquet


Je n’écris pas de lettre pour la simple et bonne raison que j’ai une écriture déplorable et que dès lors, si je le fais c’est par PC et ça confère un côté impersonnel (...).

Quel est le moment privilégié de votre journée de confiné ? Le moment où je vais me mettre à cuisiner le plat du jour ! À la maison, c’est l’homme au fourneau et c’est tant mieux, car ça me détend et me permet de jouer avec ma créativité. Je ne fais, d’ailleurs, jamais la même recette !

Quel livre de votre bibliothèque est selon vous le meilleur symbole de ce confinement que nous vivons tous ? World War Z de Max Brooks et Je suis une légende de Richard Matheson. Blague à part, je ne lis que peu de romans et préfère de la non-fiction. À cet égard, j’en citerai deux : Irak, la revanche de l’histoire et Libye. Des révolutionnaires aux rebelles car ils me rappellent que la crise qu’on vit n’est qu’épisodique comparée aux quotidiens de certaines nations.

Etre confiné vous inspire pour écrire ? Un nouveau roman en cours ? Hé bien non, je n’écris pas. J’ai terminé, juste avant le confinement, mon prochain roman qui sortira fin d’année. Avant de me lancer dans un nouveau projet, j’ai besoin d’un break. Néanmoins, j’en profite pour peaufiner le dernier-né.

Comment contactez-vous vos proches, uniquement via les réseaux sociaux ou vous prenez votre plume pour écrire des lettres ? Je n’écris pas de lettre pour la simple et bonne raison que j’ai une écriture déplorable et que dès lors, si je le fais c’est par PC et ça confère un côté impersonnel. Je préfère donc passer par appel vidéo. Quelle musique vous console le mieux ? Suis un enfant du rock. Pour le moment, suis fort branché sur Fleetwood Mac et Lynyrd Skynyrd.

Qui dit confinement dit lectures, quelles sont les vôtres en cours et à venir ? Commençant fin mai comme Directeur Commercial et Communication chez Kennes Editions, mes lectures sont orientées vers les livres du catalogue. À cet égard, j’ai dévoré pas mal de bandes dessinées comme Ninn, Sous la surface, Obie Koul, Lord Jeffrey, Napoléon et au niveau romans, je me plonge dans les polars de Martin Michaud qui, en plus, me font voyager au Québec.

Quel plat, recette du chef nous conseilleriez-vous ? Comme à la maison, on a des poules, une oie et une canne, je m’amuse à faire des gâteaux et autres pâtisseries pour les enfants ou encore des omelettes gourmandes. Niveau salé, une recette facile : pâtes avec une sauce crème-estragon avec saumon fumé et crevettes grises.

Un moment sport à partager ? Suis un grand fan de football américain et le prochain gros event est la Draft, à savoir la sélection par les équipes pros des meilleurs joueurs universitaires.

Dans quel magasin vous précipiterez-vous après le déconfinement ? Un restaurant : la Villa Castelli à Jamioulx et pourquoi pas une séance de dédicaces dans un magasin Club pour la fête des mères ou des pères !

Quel message de vie retiendrez-vous à l’issue de cette épreuve ? J’espère que le circuit court en sera le grand gagnant et pas qu’au niveau alimentaire.

Ben Choquet


VENGEANCES ET MAT

Ben Choquet

Kennes | 21,90€